Toute bombe artisanale, entièrement fabriquée maison ou en partie seulement, à partir de produits chimiques disponibles librement sur le marché (engrais par exemple) ou de munitions conventionnelles détournées de leur usage premier, est un IED.
Difficile à détecter ou à parer, l'IED participe efficacement à la guerre psychologique et est particulièrement utilisé dans les conflits asymétriques.
Le chercheur italien Roberto Sollazzo, spécialiste du Sahel qui a enquêté sur les IED,explique: "L'IED est fabriqué pour pas cher avec ce que l'on trouve dans la région.Le Burkina, c'est le pays de la mobylette.
Il y en a 300.000 dans le pays.Donc, beaucoup de composants de l'IED peuvent être récupérés sur les cyclomoteurs, sans attirer l'attention des forces de l'ordre".
Quelles sont les caractéristiques d'un IED?
En schématisant, un IED c'est l'assemblage de 5 éléments:
1° élément: la charge explosive
Pour les explosifs, l'expert sécuritaire et Roberto Sollazzo divergent.Pour ce dernier, il s'agit de dynamite surnommée Faraway venant du Ghana.
"L'explosion, selon lui, sert surtout à semer la pagaille.Elle lance l'attaque, puis on mitraille.Ils n'ont pas besoin d'une grosse explosion".
Un policier burkinabè a confirmé à l'AFP avoir trouvé du Faraway sur des jihadistes ou dans des camps abandonnés.
l'ANFO (ammonium nitrate/fuel oil) est ajouté à l'explosif artisanal.
"Nitrate d'ammonium", la formule chimique semble compliquée mais rien de plus facile à trouver: c'est de l'engrais.
"En Europe, le nitrate d'ammonium est souvent extrait de l'engrais du commerce.Ce n'est pas le cas en Afrique.Il suffit de piler l'engrais pour en faire de la poudre", précise-t-il.Un sac de 50 kg coûte 20.000 francs CFA (30 euros).On mélange la poudre d'engrais avec un peu de carburant de la mobylette et on y place du cordon détonant.
2° élément: l'enveloppe
L'enveloppe peut être en plastique pour éviter que les détecteurs de métaux repèrent la bombe ou dans des bidons en fer avec des clous pour "l'effet shrapnel".
3° élément: le détonateur,
Les jihadistes utilisent souvent une batterie de mobylette pour provoquer le déclenchement du détonateur.
"C'est ce qu'il y de plus cher mais ils arrivent parfois à le récupérer, après le départ des équipes de secours s'il n'y pas une fouille méthodique des forces armées après l'attaque", souligne l'expert italien.
"Les pneus de la mobylette, selon lui, peuvent servir à fabriquer un système de mise à feu par "plaques de pression".
Celles-ci agissent "comme un interrupteur au passage d'un véhicule et déclenchent l'explosion de l'IED par l'action involontaire de la victime".
4° élément: l'alimentation électrique
Pour le cordon et le détonateur, les jihadistes se fournissent auprès des mêmes fournisseurs que les orpailleurs, explique Roberto Sollazzo.
"600.000 francs CFA (900 euros) pour une boîte de 166 détonateurs, soit 3.500 francs CFA (5 euros) le détonateur.300.000 (450 euros) pour 250 mètres de cordon".
"Il y a un trafic en provenance du Ghana pour les orpailleurs.
Il y a un paquet +dynamite, cordon, détonateur+ pour 5.000 francs CFA (7,5 euros)", explique l'expert.
Avec ce kit, les orpailleurs, qui n'ont pour la plupart pas les moyens d'acheter en gros, peuvent souffler des pierres sur les sites miniers.
"Mais ce qui intéresse les jihadistes c'est surtout le détonateur".
5° élément: le système de mise à feu
Dernier élément, "le plus compliqué", le déclenchement de l'IED."Le plus souvent c'est avec du fil et un déclenchement manuel", souligne Roberto Sollazzo.
"On a commencé à trouver des boîtiers de télécommande", note l'expert sécuritaire."Ce sont des boîtiers chinois introuvables à Ouagadougou (...).
Or les boîtiers trouvés sont les mêmes que ceux déjà utilisés au Mali.
C'est la preuve qu'il y a eu un transfert de technologie du Mali vers le Burkina.Mais les engins sont moins sophistiqués".
Comment est utilisé un IED?
Leur utilisation par les groupes jihadistes est de plus en plus fréquente avec un bilan lourd en vies humaines et en dégâts matériels.
L'OTAN précise que ces engins peuvent être "camouflés partout : fixés à des animaux, posés le long des routes ou attachés à une personne".
Un déchet (comme une canette ou un seau en plastique) peut également servir à dissimuler ces engins.
Peu onéreux, simple à réaliser (il utilise le plus souvent des technologies rustiques), et évolutif, il peut être mis en œuvre par l’adversaire pratiquement n’importe où et n’importe quand, seul ou couplé à une embuscade.
Le mode d'emploi le plus courant est la pose d'un engin explosif improvisé (IED) qui fait exploser un véhicule militaire d'escorte, neutralisant l'ensemble de la colonne juste avant que les jihadistes mitraillent les véhicules du convoi.
Quel est le prix de revient d'un IED?
"Avec 15.000 francs CFA (22 euros), vous avez un IED", explique Roberto Sollazzo.
Leur utilisation par les groupes jihadistes est de plus en plus fréquente avec un bilan lourd en vies humaines et dégâts matériels au Burkina Faso.
C'est l'arme du pauvre dans une guerre asymétrique", selon Roberto Sollazzo.
"Avec 15.000 francs CFA (22 euros),vous avez un IED qui peut détruire quelque chose qui vaut mille fois plus".
*ref: AFP - Publié le Mercredi 4 Décembre 2019 cité par africaradio dans "22 euros pour une bombe artisanale: l'IED, l'arme du pauvre au Burkina"
basé sur les propos du chercheur italien Roberto Sollazzo, spécialiste du Sahel qui a enquêté sur les IED.
Dicod
**photo: 1 ceah
Exercice de traitement d'un engin explosif improvisé (IEE). Découverte de la munition et déblaiement par le chef de groupe explosive ordnance disposal (EOD) au 6e régiment du génie @ defense.gouv
Exercice de traitement d'un IED au 6e régiment du génie. Séparation de chacun des éléments afin de préparer l'arrivée des "WIT", équipes chargées d'identifier, collecter, préserver et transmettre les éléments de preuves recueillies à la suite d'une attaque par IED. @ defense.gouv
L’équipe WIT est dirigée par un officier de l’arme du génie et armée par trois spécialistes: • un sous-officier technicien EOD • un gendarme technicien d’investigation criminelle, • un analyste de renseignement. Dès l’explosion d’un IED, ils sont dépêchés sur place en hélicoptère pour prendre en compte tous les détails : photos, analyse du cratère, études des véhicules touchés, description de l’IED et enquête auprès d’éventuels témoins. Une fois leur travail sur place terminé, tous les prélèvements sont amenés au laboratoire CIEL, pour procéder à des analyses chimiques et répertorier l’incident. Ce travail d’investigation peut permettre de remonter toute la filière de l’IED, du fabricant au poseur. @ defense.gouv
Tous les restes d'IED sont envoyés au laboratoire CIEL de Gao. Une équipe de 4 spécialistes les analyse pour comprendre leur constitution et leur utilisation afin de mieux pouvoir les contrer. • L'intervenant EOD, sécurise de toutes les pièces entrant dans le laboratoire. • Le gendarme en identification criminelle: effectue des prélèvements biologiques. • Le chimiste: détermine la nature des explosifs. • l’électronicien: reconstitue les procédés de mise à feu des IED. @ defense.gouv
La section d'ouverture d'itinéraire piégé (SOIP) sécurise les trajets empruntés par les convois de la force Barkhane face à la menace que représentent les IED. Ici, en 2020, elle sécurise la trace d’un convoi sur un itinéraire réputé dangereux entre Gao et Ménaka. Pour cela,elle fait intervenir le système d’ouverture d’itinéraire piégé (SOUVIM). @ defense.gouv
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